Actes 15, 1-29 Liberté de conscience et route commune

Cette semaine l'Église Protestante Unie de France va vivre son Synode national à Grenoble.

La thématique est « vivre ensemble » et pour cela le Synode aura la tâche de réviser les textes de références qui justement organisent notre vivre ensemble en Église. Un Synode, étymologiquement cela signifie : « faire route ensemble ». Autrement dit décider de prendre la même route pour avancer sur un même chemin.

Et si je vous parle de Synode aujourd’hui, c’est parce que le texte que nous venons d’entendre nous présente ce que l’on pourrait entendre par un premier Synode. Il y a deux points de vue qui s’affrontent, il y a ceux qui tiennent pour la circoncision comme moyen d’être sauvé, ceux qui pensent contre, et tout ce joli monde s’engage dans une discussion qui devient, comme le dit le texte, vive. Autrement dit, cette discussion vive n’est en fait qu’un conflit. Conflit d’interprétation du message reçu de Jésus, conflit de compréhension du Salut, conflit autour de la liberté et du statut de la loi de Moïse.

Et ce conflit est loin d’être terminé, aujourd’hui encore il est au cœur de nos débats synodaux, au cœur des querelles de théologiens, au cœur des tweets et autre post des pasteurs actifs sur les réseaux sociaux. Malgré notre fonctionnement en mode « route commune », le conflit est toujours présent sur l’interprétation du message de Jésus, sur la compréhension du Salut, autour de la liberté et du statut des Écritures.

Ce conflit est là. Mais au lieu de le poser et d’oser une parole vive, aujourd’hui nous cherchons à minimiser le conflit. Au lieu de le traverser nous cherchons à le contourner, à l’éviter. Le conflit nous fait peur, car on craint toujours le schisme, la séparation. Parce qu’aujourd’hui se séparer c’est entrer encore plus dans le conflit, c’est même être en guerre. Et c’est bien sûr valable et visible dans nos Églises mais c’est dans toute la société que le conflit fait peur et qu’il est contourné au lieu d’être traversé. Traverser le conflit c’est être libre d’exprimer ses convictions. 

Nous devons nous poser la question de nos convictions en toute conscience, en toute liberté de conscience. Et la liberté de conscience c’est ce qui est au cœur de ce conflit d’Antioche qui aboutit à l’Assemblée de Jérusalem. Le débat est bien celui de la place de la liberté de conscience dans la société religieuse des premiers chrétiens. « Si vous ne vous faites pas circoncire selon la règle de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvé ».

Le Salut est donc conditionné à une pratique et bien plus encore conditionné à une règle. Il s’agit donc là d’un système autoritaire, ou la règle est l’autorité suprême, le seul chemin possible. Il n’est pas question de trouver par soi-même la direction, elle est imposée, définie, unique et exclusive.

Dans ce cas la conscience n’a aucune liberté sinon celle de se soumettre à cette règle. Se soumettre par une contrainte si nécessaire. Entendez bien que ce n’est pas la doctrine en elle-même qui soit condamnable. Bien que je n’adhère pas à cette conception de l’accès au Salut, ce n’est pas la pratique de la circoncision qui est remise en question. Aujourd’hui encore sur les trois grandes religions monothéistes dans le monde, deux pratiquent la circoncision. C’est leur règle, c’est leur pratique, c’est leur conviction. Ce qui est gênant ici, ce qui vient créer un conflit dans ce christianisme naissant, c’est bien l’exclusivité de cette pratique dans l’accès au Salut.

Ceux qui viennent prêcher la circoncision à Antioche, les fidèles issus du pharisaïsme, sont sans doute sincères dans leur foi, en accord avec leur conscience quand ils prêchent la circoncision. Mais là où cela devient conflit c’est quand on cherche à imposer à tous ce chemin-là. Si vous ne faites pas cela…vous ne serez pas sauvé, cela n’a pas sa place dans un système basé sur la foi c’est-à-dire sur une confiance. Et faire confiance c’est être libre dans sa conscience, sinon ce n’est plus faire confiance mais obéir et alors il n’y a plus de foi mais il y a uniquement la loi.

La position de Paul et qui sera aussi celle de l’Assemblée de Jérusalem est de ne pas accumuler les obstacles devant ceux qui se tournent vers Dieu.

La porte est grande ouverte, le chemin est dégagé, la liberté est au cœur du cheminement de foi.

Ne pas accumuler les obstacles. Cette parole est forte. Et en même temps elle vient rappeler la difficulté du chemin de foi et la difficulté de vivre dans la liberté. Il est toujours plus facile de marcher dans un couloir étroit avec l’objectif d’arriver au bout que de se retrouver dans un champ sans clôture avec l’objectif de trouver le bon chemin.

Dans cette liberté les obstacles sont déjà suffisamment nombreux. En effet le choix est toujours difficile à faire et sans règle stricte, sans système autoritaire qui dirige, il est déstabilisant de faire librement un choix. On ne sait jamais si le choix que l’on fait est le bon, on ne peut jamais savoir si on ne va pas trop loin dans une erreur. Et d’ailleurs la question que nous devrions nous poser est de savoir si dans un système basé sur la liberté, l’erreur existe.

Cette semaine, notre petit coin de campagne a été assez chamboulé par un fait divers. L’évasion d’un prisonnier durant son transfert entre la prison et le tribunal a créé du mouvement sur nos routes et dans nos villages. Le fugitif rôdait dans nos forêts ou nos bosquets, la gendarmerie était mobilisée, de grands moyens ont été mis en œuvre pour le retrouver.

Si je vous parle de ce fait divers, c’est qu’il a peut-être suscité chez vous un questionnement. J’ai eu l’occasion cette semaine d’en parler avec quelques-uns, avec des amis et avec mon épouse. La question portait justement sur notre conscience et nos convictions face à ce fait divers.

Et si par le plus grand des hasards, je me trouvais en face du fugitif ! S’il venait chez moi, qu’est-ce que je ferai ?

La loi m’imposerait d’appeler tout de suite la gendarmerie pour témoigner d’avoir vu cet homme et de donner toutes les indications nécessaires pour que le fugitif soit retrouvé le plus rapidement possible. Mais curieusement, la plupart des personnes avec qui j’en ai parlé m'ont répondu que sans l’aider, ils ne le dénonceraient pas.

Aux yeux de la loi cela ne semble pas correct et pourtant aux yeux de la conscience cela semble tout à fait juste. Et nous voyons là que la conscience est alors supérieure à la règle et c’est là une preuve de liberté.

Si la conscience est supérieure à la règle, alors dans notre manière de vivre la foi cela doit être la même chose. Et idem dans notre manière d’être dans le monde. Il ne s’agit pas de juger ceux qui adhèrent à une règle. Si c’est librement qu’ils y adhèrent alors il y a de la sincérité dans leur foi et alors il y a de la liberté et de la vérité. Il s’agit justement pour nous de ne pas juger l’autre et surtout ne pas accumuler les obstacles devant ceux qui pourraient se tourner vers la foi.

En fait il s’agit de laisser la porte ouverte le plus grand possible. Regarder la sincérité de chacun, et porter un regard confiant et positif sur tous ceux que nous rencontrerons. Je vous parlais d’un fugitif, il y en a un de connu. Le personnage de Jean Valjean dans les misérables.

Même lorsqu’il vole l’argenterie de son hôte et qu’il est arrêté par la gendarmerie, celui qui avait été volé, parce qu’il avait une foi qui le portait à faire confiance en l’humanité et à chercher à trouver ce qu’il y a de bon, même chez celui qui semble être le pire, laisse la porte ouverte à cette humanité. Et nous savons que Jean Valjean trouvera son chemin d’humanité. Laisser la porte ouverte et ne pas accumuler les obstacles, c’est là la liberté que nous avons, c’est celle dont nous devons témoigner.

Que nos consciences soient libres et qu’elles nous conduisent sur la route commune de notre foi. Amen